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    Avant-première de harragas à Alger : De la fascination du monde blanc

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    PHOENIX
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    Avant-première de harragas à Alger : De la fascination du monde blanc

    Message par PHOENIX le Lun 22 Fév - 18:42


    Harragas, le nouveau film de Merzak Allouache, ressemble trop à un simple documentaire pour convaincre davantage l Nul besoin d’un grand effort intellectuel pour suivre une histoire banale.



    Il n’y a presque pas de soleil dans ce film. Pluie, grisaille, nuages, vents et nuits. Atmosphère classique d’un thriller ou peut-être d’un mélodrame. Mais il n’est pas évident que le choix de Merzak Allouache soit orienté vers cette direction. Toujours est-il que dans Harragas, présenté en avant-première à la salle Sierra Maestra à Alger, jeudi 18 février, la mélancolie est partout, le tableau noir n’y est que bien planté, accentué par la musique de David Hadjadj. A l’excès parfois. L’histoire racontée dans ce film est banale. On connaît le début et on devine la fin. La trame est évidente. Omar se suicide dans une baraque non loin d’une plage à Mostaganem. Une carte nationale par terre. Son ami Rachid, interprété par Nabil Asli, est triste. Il veut partir.

    Autant que Nacer (Seddik Benyagoub) et Imène (Lamia Boussekine). « Nous voulons fuir ce pays et tout oublier. Comme l’ont fait ceux qui nous ont précédés et ceux qui vont suivre », raconte le narrateur. « Tout oublier ? » La mort de Omar a choqué le groupe. « Depuis ce jour-là, on revient souvent au cimetière et on pense à la harga. On ne désespère pas », dit Rachid. La caméra, à l’image de ce qu’a fait Merzak Allouache dans son premier film, Omar Gatlato, en 1976, s’attarde sur un quartier populaire : linge accroché aux balcons, brouhaha, femmes en hidjab, enfants qui courent... « Si je pars je meurs ; si je ne pars pas, je meurs. Donc, je pars et je meurs », écrit le frère d’Imène. Nazim Hikmet avait bien dit un jour que « toi, si tu parles, tu meurs... ». Hassan « Mal de mer », joué par Okacha Touita de retour devant la caméra, s’occupe de la logistique minimale du départ, au point de faire manger des spaghettis des jeunes venus du Sud. Les passeurs gagnent énormément d’argent, comme les importateurs de pétards !

    Après avoir « fait le monde entier », Hassan, « l’homme au sourire jaune », le vieux Hassan aide les candidats à l’immigration à prendre la mer vers l’Espagne. La côte ibérique n’est pas loin de Mostaganem et ses plages belles et sauvages. Il y a des beautés en Algérie quand même. Et voilà que Mustapha, « El fertas », joué par Samir El Hakim, un policier en rupture de ban avec sa hiérarchie, débarque et tue Hassan le passeur. Aucune raison ne vient expliquer cet assassinat. « Il a tué parce qu’il voulait être le maître », nous a expliqué Okacha Touita, à la fin du film. Peu convaincant. Muni d’un pistolet, El Fertas tente d’imposer l’ordre parmi les partants. On a du mal à comprendre cet envahissement sauf à forcer le trait.

    Le policier s’accroche avec Hakim le barbu, joué par Mohamed Takerrat. Ils se battent au bord de l’embarcation et coulent ensemble. Deux ordres qui se neutralisent ? La casquette d’un côté et le kamiss de l’autre ? Un sentier battu ! L’esprit TF1 n’est pas loin... Il y a des moments où Imène, Rachid ou Nacer, natifs théoriquement d’un quartier populaire, commencent à parler en français, sans raison apparente. Parfois dans un dialogue presque en vapeur, on croit comprendre que « les ploucs » parlent en arabe dialectal et « les nantis » s’expriment en français. Autre sentier battu ! Mais en fait, pourquoi les jeunes harraga fuient-ils le pays ? « La misère, le chômage, le trafic. Les gens rêvent. Si je fais un sondage, 90% des gens du quartier veulent partir », dit le narrateur.

    Seulement ? Pas de remise en cause de l’ordre politique. Pour Merzak Allouache, le cinéma n’a pas pour vocation d’expliquer. Ok. Mais le 7e art peut parfois oser et dire les choses crûment, choquer. Ce n’est pas le cas dans Harragas. Le long métrage frôle parfois le simple documentaire « romancé ». « Aucune véritable solution humaine et politique n’est envisagée pour circonscrire ce phénomène qui touche un pays, pourtant riche par sa rente pétrolière », a déclaré le réalisateur de Salut cousin, cité dans le dossier de presse préparé par le distributeur français. Peu de choses apparaissent dans les images sur le véritable drame de la traversée. Un des harragas affirme que le groupe partage tout : danger, peur et bonheur. Et nous qui ne le savions pas ?! La fascination du monde blanc est, elle, fort présente. Il suffit de se contenter d’une seule scène pour l’illustrer : un bateau de plaisance passe au milieu de la nuit, une femme, probablement belle, regarde du haut ces jeunes désœuvrés, un verre à la main… Et les migrants de se dire : « Regardez, cet ange qui passe. »

    Avant la projection du film, la productrice française, Véronique Rofe, (Yacine Djadi est l’autre producteur) n’a pas pu retenir ses larmes. « C’est grâce à Merzak Allouache que je suis ici », a-t-elle lancé. Elle a invité les présents à voir le film avec toutes les manières possibles. « Nous avons un message à passer », a confié Lamia Boussekine, une actrice qui semblait douter d’elle-même dans le film. Pour tout dire, aucun acteur n’a vraiment attiré l’attention dans ce film. On les oublie dès la fin du film. Leur jeunesse ne peut pas tout justifier. « J’ai découvert une nouvelle génération d’acteurs qui sort de l’Ecole de Bordj El Kiffan », a dit Merzak Allouache. Des acteurs qui pourraient mieux réussir leur carrière si on les laissait s’exprimer librement, sans les obliger à regarder toujours la lune du Nord !

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