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    Amers, les produits de la mer aujourd'hui

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    PHOENIX
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    Amers, les produits de la mer aujourd'hui

    Message par PHOENIX le Mar 23 Mar - 9:50

    De mon temps, on ne se perdait pas en conjectures pour s'offrir une cure de poissons à toutes les modes. Faire un extra, était à la portée de tous. A cette époque-là, nos côtes prestigieuses pullulaient de poissons de toutes sortes, du rouget de friture au rouget de roche, du merlan des postes de La Madrague à la dorade, pagre, du mérou à l'ange, chien et loup de mer et de la crevette impériale à la sépia, calmar et bien entendu la fameuse huître (côte bleue), classée jadis meilleure au monde. On avait l'embarras du choix, 35 DA le kilo.

    Quant au plus riche en oméga 3, la sardine, la vraie, 5 DA le kilo, le prix revu à la baisse au fur et à mesure que l'heure fatidique de la fermeture du marché avançait. Sans doute, ainsi d'ailleurs qu'il est tout à fait naturel à tout ancien marin pêcheur ou poissonnier, emporté par l'écoulement des années fera-t-il de plus en plus souvent référence aux radieuses sorties en mer sur des lamparos, chalutiers à partir des ports de pêche qu'étaient la Pêcherie, Chiffalo, Bou-Haroun, Bou-Ismaïl, Cherchell, Dellys, Azzefoun... dont il est impossible de décrire le charme unique, tant ils demeurent imprégnés d’une indicible splendeur. Les petites mais belles conserveries par leur production optimum, pas trop éloignées des quais, grouillaient de personnel affairé à conditionner la meilleure des conserves d'anchois, de sardines, maquereaux et de thon, ne sont plus aujourd'hui que des souvenirs amers. De nos jours, le poisson, toutes espèces confondues, est devenu une denrée de luxe au même titre que le caviar (iranien) en Occident, un produit réservé exclusivement aux nantis. Je vais souvent chez un ami, poissonnier de longue date, auquel je rends visite tous les matins au marché de Belcourt pour discuter des choses de la vie et admirer son étal. Parmi les citoyens des deux sexes, beaucoup s'arrêtent devant l'étal en regardant longuement la diversité de poissons soigneusement étalés puis repartent gentiment sans oser demander le prix ; d'autres par contre intéressés par un achat, montrent du doigt le poisson choisi.

    Pesé, emballé, ils ne discutent pas le prix, payent rubis sur l’ongle et s'éclipsent en dandinant, certains de faire un bon repas «spécial poisson ». J'assistais à cet incessant ballet de clients potentiels, de curieux, de fouineurs de la bonne affaire, sans y attacher trop d'importance. Au moment où j'allais quitter mon ami, voilà qu'un bonhomme d'un certain âge, la soixantaine s'arrêta net devant l'étal, pendant un moment il scruta tous les poissons qui donnaient à l'étal une couleur arc-en-ciel avant de demander confirmation auprès du poissonnier «ça c'est de la kabala, zermoumia, bakora, sar, zriga, bazouk, mafroune, etc». Il ne demandait que la confirmation du nom peu connu dans le langage vernaculaire. Affable mon ami (jasseron) lui demanda : «Pourquoi vous me sollicitez, alors que vous connaissez tous les noms de ces poissons exposés sous vos yeux.» Avec un long soupir, le sexagénaire lui répondit avec un sourire «c'était juste pour savoir si je n'ai pas oublié, avec les temps qui courent on peut oublier même ce que nous avons dîné hier». En gardant le sourire, il nous salua et repartit lentement les mains derrière le dos. Abasourdi devant cette réponse péremptoire, j'avais remarqué dans ce soupir, ce regard lointain et ce sourire qui laissait entrevoir a priori une jeunesse dorée que cet homme se disait au fond de lui-même «je remercie Dieu, ses prophètes, ses saints et les hommes de ce pays, il y a 40 ans, de m'avoir permis de goûter à ces poissons autant de fois que j'en ai eu envie». La privation ! Voilà le gâchis qui stigmatise un homme, et non ses erreurs de parcours, ses passions. C'est le péché de «l'indifférence ». C'est cette douleur qui nous condamne à la douleur. En éloignant de nous des choses autrefois accessibles. Nos enfants, parmi eux beaucoup tentés par la harga, prononcent notre propre verdict de bannissement pour sceller leur inéluctable exil.
    Bob Med (Belcourt).

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