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    Histoire du fantôme de Boumediene

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    FEDERER

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    Histoire du fantôme de Boumediene

    Message par FEDERER le Jeu 21 Nov - 12:39

    Salut
    Voila une belles histoires à partager avec les forumistes, lecture 
    La rumeur a rapidement fait le tour du cercle des nostalgiques disparus. Houari Boumedienne, le célèbre conducator à la moustache métallique, serait réapparu quelque part, à l’Ouest du pays...D’après un témoin, un berger sans troupeau, il serait apparu vers 18 heures, sortant de la forêt de Tankrit, entre Ouled Touchou et Sidi Bala, enveloppé dans un burnous blanc cassé, le pas fatigué mais droit. Puis il se serait rendu au village pour boire de l’eau à la fontaine. Celle-ci étant tarie depuis longtemps, un enfant lui apporta une bouteille d’eau. Il le remercia d’un signe muet de la tête et but la bouteille d’un seul trait. Quand il eut fini, il s’essuya les moustaches et gratifia l’enfant d’un sourire puis se dirigea vers la Mouhafadha ( siege local du parti FLN) en allumant un gros cigare.

    La mouhafadha n’existait plus depuis bien longtemps et avait été transformée en taxiphone. Il contempla avec mépris les quelques jeunes soudés aux téléphones, parlant de choses incompréhensibles et écrasa son cigare contre le mur fané. Au début, personne ne le reconnut. C’est une vieille femme, édentée jusqu’au cou et habillée de longues rides horizontales qui le fit. Elle s’écria, la voix tremblante et les mains agitées : - C’est lui ! C’est lui ! Il est revenu ! Sid El Houari ! Boumedienne est de retour ! Le Boumedienne est de retour ! ! ! La nouvelle fit le tour du village à la vitesse d’un modem Haut debit. Immédiatement, une foule compacte se forma autour de l’ex-président.

    Quelques femmes s’évanouirent, des hommes pleurèrent. Seuls les enfants riaient, en tirant le burnous du Boumedienne, se demandant quel était cet étrange personnage aux moustaches XXL. On lui posa des questions, le toucha, se bouscula pour l’inviter à manger. Lui raconta tout dans le désordre. Le Boumedienne tapota quelques têtes et donna quelques accolades. Ecartant la foule avec sa canne en bois d’olivier, un vieil homme s’approcha du Boumedienne et lui tendit un bout de papier jauni :- J’ai demandé un réfrigérateur en 1975, je l’attend toujours. Le Boumedienne ne répondit pas. Il ralluma un autre cigare et lança majestueusement à la foule : - Il faut que j’aille à Alger.

    Tout le monde se bouscula une nouvelle fois pour l’accompagner à Alger bien que personne dans ce village misérable ne possédait de voiture. Le Boumedienne demanda un car de la SNTV et on lui apporta un taxi clandestin dans lequel il prit place. Un enfant tenta de lui voler son burnous mais le Boumedienne résista. Dans la voiture qui le conduisait à Alger, le Boumedienne posa quelques questions d’ordre général. Il apprit avec stupéfaction que le pain coûtait 10 dinars, qu’il y avait des compagnies d’aviation privées et que Khaled Nezzar écrivait des livres. - N’importe quoi, ricana-t-il. Dis-moi aussi que Benchérif a fondé un parti et que Bouteflika est président..! Le chauffeur de taxi ne répondit pas, il annonça simplement au Boumedienne qu’il était arrivé à Alger, qu’il lui devait 500 dinars et qu’il n’avait pas de monnaie.

    Comme vue d’un bateau pénétrant la baie d’Alger, la capitale de l’oligarchie d’Algérie semble blanche, paisible et lumineuse de l’arrière d’un taxi. Houari Boumedienne, leva le bras, pointant son doigt vers les hauteurs d’Alger. - C’est quoi cet immeuble Question  La Sonacome ? Son dernier paquet d’Afras finissant, le chauffeur du taxi clandestin marmonna que ce n’était que Riadh El Feth, alias Houbel, alias El Maqam, alias le Doigt, alias The Long Thing, érigé verticalement en l’honneur des martyrs qui reposent horizontalement dessous. Derrière son cigare, l’ex-président ne jugea pas utile de commenter, quelques minutes plus tard, il descendait à la gare routière, juste au dessous du square. - Rabbi mâak (Dieu est avec toi), lança le chauffeur en empochant le prix de la course. Il était 22 heures. Le président prit l’escalator en panne et marcha jusqu’à déboucher sur le square Port Saïd. Quelques prostituées malingres l’accueillirent d’un sourire diabolique, un groupe de Noirs Africains lui chanta un blues en coton acide et un clochard à moustaches lui hurla qu’il était bon le temps des Romains car tout était de la faute à l’inspecteur Tahar qui n’avait pas su déjouer les complots du FLN de Massinissa.

    Sid El Houari fit le tour de la cour des miracles des yeux et se rendit compte avec étonnement qu’il n’y avait pas de chaînes. Il repéra un dealer unijambiste, affairé à vendre une plaquette à une vieille femme en robe de chambre. Il s’approcha de lui. - Toi tu es de la SM, je t’ai repéré. Le dealer ne répondit pas, se contentant d’écouler tranquillement son stock. L’ex-président insista. Le dealer finit par lui dire qu’il n’avait pas de SM et que tout ce qu’il avait de bon était de la OO, de la Double Zéro venue toute raide du Maroc.El Houari s’indigna :- Comment ? Ce royaume d’esclavagistes analphabètes nous vendent des produits ? Mais que fait le pouvoir ? Le dealer ayant terminé sa journée, il se proposa d’expliquer la situation à l’ex-président. Il lui raconta que le pays était dirigé par une bande de nains sourds et dépressifs et qu’une secte de chacals à forme humaine tuait tous les humains qui avaient des yeux. De plus, ce qui n’arrangeait rien, le président Bouteflika avait été élu président aux présidentielles et siégeait à la présidence d’où il prenait souvent l’avion.

    El Houari hurla qu’il allait voir les généraux. Pris d’un doute, il demanda si le MDN était toujours à sa place aux Tagarins. Le dealer répondit par l’affirmative et tenta encore de parler de Bouteflika. Mais l’ex-président n’écoutait plus. Déjà, il était dans un autre taxi, direction Les Tagarins. Dans le taxi délavé qui le conduisait aux Tagarins, l’ex-président Houari Boumedienne observait à travers la vitre crasseuse les déambulations nocturnes algéroises. La nuit était déjà bien avancée et quelques passants passaient encore. Il nota d’étranges vendeurs ambulants, transportant des tables emplies de produits de l’impérialisme. Il se dit que lui à son époque il avait dissous le corps des cireurs de chaussures mais qu’un vendeur de cigares de nuit pouvait avoir son utilité.A 22 heures 30, le taxi le déposa devant l’immeuble du MDN. Un jeune soldat en faction lui expliqua que c’était trop tard pour voir qui que ce soit et que dans cinq minutes il allait commencer à tirer. El Houari tenta de lui dire qui il était mais le jeune soldat avait arrêté sa formation à Chadli Bendjedid et pour lui tout ce qui venait avant appartenait à la Djahiliya.

    La discussion s’enflamma jusqu’à ce qu’une grosse voix rauque surgisse du dernier étage de l’immeuble, au niveau d’une fenêtre encore allumée : - Qu’est ce que c’est que ce vacarme ? Le soldat leva la tête et se raidit dans un garde-à-vous d’urgence ; le patron était encore dans son bureau. El Houari leva aussi la tête et le patron demanda au soldat de faire monter l’homme. 10 minutes plus tard, en sortant de l’ascenseur qui marchait, El Houari entrait dans le beau bureau blanc. Il lança une remarque : - Heureux de savoir qu’il y a encore des gens qui travaillent à cette heure. Tout n’est donc pas perdu. La patron fit un geste de la main en désignant un fauteuil en cuir rouge : - Asseyez-vous colonel, dit-il en lui offrant un cigare. - Merci capitaine. - Général de corps d’armée. - Pardon ? - Rien.Le patron révéla à l’ex-président qu’il avait appris d’un informateur sa réapparition à Sidi Bala mais qu’il n’y avait pas cru, pensant à une nouvelle campagne d’intoxication des milieux de la gauche française. Mais là, il était bien obligé d’y croire.

    Il demanda à l’ex-président ce qui l’amenait par ici. El Houari exigea des explications sur la situation. Le patron lui tendit un exemplaire dédicacé du livre de Khaled Nezzar. - Tout est là. Le président se saisit de l’exemplaire mais demanda à avoir un autre livre dont il avait entendu parler en chemin, celui d’un certain Souidania, qui accuserait l’armée d’avoir été un peu trop dure avec les sujets du Royaume algérien. Le patron lui répondit que lui aussi en avait entendu parler mais que le livre était épuisé et introuvable. Les deux hommes parlèrent jusqu’à tard dans la nuit puis El Houari demanda à voir Bouteflika. Le patron hésita un moment puis se saisit du téléphone : - Allo, passez-moi l’avion. Après avoir fait le tour de la question dans le sens des aiguilles d’une montre, El Houari se décida à aller à la rencontre du président Bouteflika. Il était 4 heures du matin et il se rendit à l’avion présidentiel, stationné en bout de piste de l’aéroport Houari Boumedienne. Cachant mal son émotion, il fut touché de savoir que le plus grand aéroport d’Algérie portait son nom.
    L’aide de camp qui l’accompagnait mit rapidement fin à son bonheur : - Boudiaf est un stade, Krim Belkacem un boulevard. Y a vraiment pas de quoi en faire un chantier. El Houari escalada tristement la passerelle en fer forgé de l’avion en pensant à Krim et à cet étrange pays où un opposant assassiné à Francfort pouvait se transformer en une rue à Alger. Dans l’avion, une jolie hôtesse de l’air sahraouie l’accueillit avec un grand sourire et l’invita à s’asseoir à l’arrière de l’appareil. Une autre hôtesse, d’origine cubaine, lui offrit un verre de lait et une datte d’origine marocaine. Une troisième hôtesse, de père Chaoui et de mère Suédoise lui offrit une Vodka qu’il refusa poliment. C’est au moment où les douze hôtesses chargées des formalités administratives apparurent que Abdelaziz Bouteflika sortit de sa chambre, congédiant les filles d’un geste bref de la main. L’émotion fut grande et les deux hommes restèrent longtemps immobiles et muets, s’observant comme des positions militaires.

    Tels deux passés se faisant face, les deux premières phrases échangées furent identiques, courtes et en forme de question : - Toi ici ? - Toi ici ? La suite du dialogue fut moins intéressante. Les deux compères parlèrent de tout et de rien, des années de la révolution et du conseil de la révolution. De Jean Seberg et de Fidel Castro. El Houari s’étonna que le nouveau président ait si facilement abandonné l’option socialiste. Celui-ci répondit que les temps avaient changé et que maintenant on pouvait trouver du pain dans les épiceries et des pneus chez le boucher. Quand à la confiture d’abricots Sogédia, elle avait tout simplement disparu. El Houari sentit une profonde fatigue l’envahir. Le président Bouteflika lui offrit un chalet au Club des Pins juste après avoir donné un coup de téléphone pour déloger Amimour, le ministre de la communication. Les deux hommes se quittèrent à l’aube, les yeux tirés.

    C’est ici que les versions divergent. Selon l’une d’elles, ne sachant pas nager, l’ex-président ne resta pas longtemps dans son chalet. Il se rendit en France peu après pour écrire un livre dont le titre serait "Comment est-ce possible?", grâce à une indiscrétion du milieu des coiffeurs de Dar El Beïda, Selon une autre version, Houari Boumedienne n’aurait jamais réapparu, il s'agirait d’un clone du nom de Boumadi ou Benouari, qui aurait été rapidement arrêté par les services de sécurité pour usurpation d’identité et atteinte aux vérités historiques. Dans tous les cas, cette histoire a pu exister puisqu’elle a été racontée.

    Source : Les mystères d’Alger


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