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    «Une grand-mère de Dellys nous a toujours dit de nous souvenir que nous sommes andalous»

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    ait

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    «Une grand-mère de Dellys nous a toujours dit de nous souvenir que nous sommes andalous»

    Message par ait le Ven 1 Juil - 23:19

    Interview de DERRI BERKANI auteur du roman « Périple andalou »
    Le Soir d'Algérie : Votre roman s'inspire de l'histoire du peuple morisque de Grenade. Qui sont-ils et quel fut leur destin ?
    Derri Berkani : À la chute de Grenade en 1492, les Maures avaient obtenu, moyennant finances, de garder leurs noms, de pratiquer leur religion, de parler leur langue, et de garder leurs coutumes. Puis, peu à peu, les royaumes de Castille et d’Aragon imposent des restrictions. Le pape, par le biais du clergé et des congrégations, exige l’évangélisation de tous les Maures. Les Morisques, ce sont donc des Maures convertis au christianisme. Les «Vieux chrétiens» les guidaient dans leur nouvelle foi. Soupçonnés de pratiquer clandestinement l’islam, ils furent d’abord déportés vers des régions majoritairement chrétiennes du nord du pays. Beaucoup périrent au cours de ce voyage. Sommés d’abandonner leurs pratiques supposées et de vivre en bons chrétiens, ils eurent à subir la rigueur de l’Inquisition, avec le bûcher en corollaire. Puis, enfin, en 1609, un arrêté royal de Philippe II décrète leur expulsion en «Berbérie», certains furent carrément noyés à quelques milles des côtes espagnoles. En Algérie, pendant longtemps, on les a appelés «les chrétiens de Galice ». Ils étaient mal installés entre les deux rives comme on est mal assis entre deux chaises.
    En quoi vous sentez-vous concerné par ce peuple ?
    Une grand-mère de Dellys nous a toujours dit de nous rappeler toujours que nous étions andalous. De ne jamais l’oublier. Pourquoi ? Je n’en sais rien. Peut-être pour se distinguer des autres, peut-être était-ce simplement une méthode d’éducation. Étant Andalous, nous devions mieux nous tenir, mieux faire, mieux étudier que le reste des enfants. De ce point de vue, elle a réussi.
    Qu'est-ce que le serment andalou dont parle votre narrateur ?
    Le serment possède un vecteur, LA CLÉ censée être celle de la maison d’une ancêtre grenadine (de Grenade) qui l’aurait emportée lors de l’expulsion. Le serment se fait autour de cette clé. Avec deux objectifs :
    1) se prémunir contre l’oubli du bannissement qui des siècles plus tard continue toujours d’être vécu comme une injustice imposée par la loi du vainqueur.
    2) Il affirme une appartenance non pas pour se distinguer de l’autre, mais au contraire s’ouvrir.
    3) Il souligne l’impératif d’humilité. Parce que pour ces exilés, l’ostentation, le faste des souverains andalous n’est pas pour rien dans la perte d’Al Andalous.
    Le narrateur du périple andalou se sent investi d'un devoir de transmission. Ce devoir est-il selon vous un impératif, en particulier pour les peuples ou les individus déplacés ? Comment vaincre à cet égard l'indifférence des jeunes générations ?
    Pour transmettre, il faut un récipiendaire. L’indifférence des jeunes générations vient de leur désenchantement. Ils se méfient du passé. Il n’éclaire plus leur présent. Ou alors à la manière d’un flash, non d’une lumière continue qui finit par les aveugler. Il est vrai qu’à conduire l’œil rivé sur le rétroviseur, on risque tôt ou tard un accident majeur.
    Vous ancrez votre fiction dans l'actualité politique de la France, celle du durcissement des lois françaises sur l'immigration. Comment la politique actuelle du gouvernement Sarkozy peut-elle par analogie évoquer le triste sort des Morisques ?
    Tous les jours Sarkozy délègue ses chiens de garde (Hortefeux, puis Guéant sans oublier les pizzaiolos du sud-est) pour stigmatiser le rebeux, qui devient le bouc sacrificiel de la Sarkosie. La peur fait le reste. On parle de revoir l’attribution de la nationalité. Sarko lui-même oppose maintenant citoyenneté et peuple. C’est un thème typiquement fasciste, voire nazi. Le wolk, la loi du sang. À terme, une expulsion massive pourrait bien être envisagée par un gouvernement de droite allié au FN.
    Vos romans sont un réquisitoire contre l'intolérance en général et religieuse en particulier, qu'il s'agisse ici du fondamentalisme catholique ou de l'islam de combat. L'islamisme estil la sainte Inquisition d'aujourd'hui ?
    Le monothéisme en général tend vers le totalitarime. L’islam qui prétend régler la vie du croyant même dans ses aspects les plus intimes en est l’illustration. De ce point de vue judaïsme et islam sont très proches, certains théologiens ont même avancé que le Coran n’était que la traduction en arabe de la Thora. Le christianisme lui s’est tempéré par la parole d’amour et de pardon de Jésus. L’islamisme politique qui contraint, assassine corrompt pour s’imposer est à mon avis pire que l’Inquisition.
    Vous soulignez «la parfaite complémentarité», dites-vous, des islamistes et des Sarkozystes. En quoi représentent-ils, selon vous, «les deux faces d'une même médaille» ?
    Les fondamentalistes mettent leur femmes sous niqab, c’est pain béni pour Sarkozy qui pond aussi sec une loi. Les islamistes envahissent la rue le vendredi pour soidisant prier, Sarkozy dénonce l’atteinte intolérable à la liberté de circuler, alors qu’il lui était simple de demander à la police d’interdire ces prières. Il a besoin du clash pour dénoncer. Que deviendraient Sarko et ses sbires si les islamistes ne lui offraient pas ces occasions politiques ?
    Par son registre de langage et le cadre de son action qui se déroule en partie en mer, Le périple andalou est aussi un roman de la mer. Quelle place cet élément tient-il dans votre vie ? Qu'apporte à l'écrivain que vous êtes la navigation en solitaire ?
    Pour accéder à l’humilité de l’âme chère à la grand-mère, rien ne vaut une navigation à la voile en Méditerranée. C’est une mer hystérique qui passe du calme plat au coup de vent de force 8 en quelques heures. Ses vagues sont courtes, râgeuses donc très dangereuses. Face à cette force, il faut être humble. Faire le dos rond. Attendre. Céder quand il le faut. Préparer le bateau. Choisir l’allure et prier Neptune (pas un autre) de calmer cette furie. D’autre part, écrire est une navigation en solitaire.
    Propos recueillis par Meriem Nour- le soir d'algérie du 02.07.2011

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    Re: «Une grand-mère de Dellys nous a toujours dit de nous souvenir que nous sommes andalous»

    Message par PHOENIX le Sam 2 Juil - 9:28

    Merci pour l'article AÎT c'est vraiment trés intéressant!.


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    Re: «Une grand-mère de Dellys nous a toujours dit de nous souvenir que nous sommes andalous»

    Message par FEDERER le Mar 19 Juil - 10:33

    Salut
    c'est vraiment intéressant de connaitre les sources de nos origines.


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    Re: «Une grand-mère de Dellys nous a toujours dit de nous souvenir que nous sommes andalous»

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